Du vagin et autres histoires

Publié le par Chiffonnette

Il y a déjà un certain temps de ça, j’ai pu accompagner Caro[line] et d’autres blogeuses à la représentation de la pièce d’Eve Ensler, Les monologues du vagin. Sur scène, Micheline Dax, Maïmouna Gueye et Gabou allaient nous parler pendant plus d’une heure de ce mystérieux vagin, l’invisible, le caché.

Je ne savais guère à quoi m’attendre et je ne m’attendais surtout pas à ce choc qui m’a pris aux tripes, qui m’a fait rire, sourire, frémir, pleurer presque. Le lendemain, j’ai filé acheter le texte de la pièce pour garder auprès de moi ces mots qui avaient su me bouleverser.

 

Eve Ensler a parcouru le monde, interrogé des femmes, les a suffisamment mises en confiance pour qu’elles acceptent de raconter leur rapport avec elles-mêmes et réuni dans le texte de sa pièce quelques un de ces témoignages. C’est sa force ce témoignages. Parce que ce que racontent les femmes qui parlent à travers les actrices, est universel. Elles parlent de la peur, de la douleur, de la joie et du plaisir aussi. Il y est question d’amour, d’orgasme, de naissance. Et aussi de viol, de déchirure, de mutilation, de frigidité.

C’est tout simplement beau et salutaire. Parce que c’est immensément pudique malgré la crudité des mots et vibrant de passion. 

 

Une vidéo pour vous donner une petite idée…

 

 


«  Aimer les femmes, aimer les vagins, les connaître, les toucher, se familiariser avec ce que nous sommes et avec ce dont nous avons besoin. Arriver à nous satisfaire nous-même, apprendre à nos amants à nous satisfaire, être présentes dans nos vagins, parler d’eux à haute voix, parler de leur appétit et de leur souffrance, de leur solitude et de leur humour, faire qu’ils soient bien visibles pour qu’on ne puisse plus impunément les saccager dans l’ombre, et pour que ce qui et notre clef de voûte, notre épicentre, notre essence, notre rêve ne soit pas plus longtemps brimé, mutilé, paralysé, brisé, invisible et honteux. »

 

Ces phrases issues du post-scriptum de la pièce rappellent que Les monologues du vagin ne sont pas seulement une pièce, mais en quelque sorte la face la plus visible d’un combat et d’un mouvement : le V-Day animé et porté par Eve Ensler et des milliers de femmes dans le monde. Ce mouvement, Moïra Sauvage en parle dans son essai : Les aventures de ce fabuleux vagin.



Créé en 1998, le V-Day œuvre en organisant entre autre des représentations non professionnelles des Monologues et utilise les fonds récoltés à ces occasions pour aider les femmes victimes de violences sexuelles. Moïra Sauvage remonte à la genèse du mouvement, décrit son développement, ses réalisations, l’implication d’Eve Ensler, n’hésite pas à parler des critiques faites au mouvement et à sa créatrice. Au-delà de cela, elle rappelle sans fard ce que disent aussi Les monologues du vagin : si certaines femmes vivent en harmonie avec leur sexe, la plus grande majorité est encore victime de violences atroces, dans les pays occidentaux comme dans les pays en voix de développement. Les plus pauvres étant comme toujours les plus touchées.

En lisant les récits de rencontres qu’à faites Moïra Sauvage, on se souvient de ces femmes vivant dans des camps de réfugiés, dans des bidonvilles, dans des cités, dans des appartements cossus parfois et qui doivent faire face au pire quotidiennement, qu’elles soient adultes ou encore enfant d’ailleurs, de celles qui sont victimes des réseaux mafieux et contraintes à arpenter des trottoirs.

A ce titre, on ne peut que saluer Eve Ensler pour le formidable travail qu’elle accomplit, quand bien même on ne serait pas d’accord avec ses méthodes. Force est de constater qu’elle agit et qu’elle apporte aide et espoir à celles qui se battent pour que cessent les violences et le mépris quand d’autres restent sourds et muets.

Une chose est certaine, Moïra Sauvage offre un essai documenté et passionnant qui permet de se familiariser avec un mouvement important.

 

Ceci étant écrit, j’aimerais aussi présenter une bande dessinée qui parle des violences faites aux femmes et qui montre, que malheureusement, ce qui est dit dans les Monologues n’est jamais que la répétition contemporaine des drames et des horreurs qui marquent l’histoire. C’est aussi à sa manière une œuvre salutaire, un pavé dans la mare.




Femmes de réconfort de la coréenne Jung Kyung-a raconte en images une page d’histoire sous un angle bien particulier. Celui de l’occupation japonaise pendant les années 1930 et la Seconde guerre mondiale en Corée et dans d’autres pays asiatiques : une occupation marquée par des massacres, mais aussi par la prostitution forcée de milliers de femmes asiatiques et européennes dans des bordels militaires. Dans des strips en noir et blanc avec quelques tâches de couleur, la dessinatrice et scénariste raconte en se basant sur des témoignages, des documents, des extraits de livres et de journaux le drame vécu par ces femmes. Elle rappelle aussi que le drame a été l’enlèvement et le viol, mais aussi le regard des autres qui a condamné comme impures et réduites au silence de la honte celles qui avaient survécu. Et que la victoire Alliée n’a pas arrangé les choses : les vaincus ont simplement été remplacés par les vainqueurs. C’est une œuvre exceptionnelle, une claque et une piqûre de rappel nécessaire qui rend hommage à des femmes qui ont osé briser la loi du silence et réclamer justice à un Etat.

 

Quelques autres avis par .

 

J’ai été longue, mais le sujet me semblait mériter la place que je lui accorde. Pour terminer, que diriez-vous d’un peu de musique ? Une chanson de Renaud pour être précise : une belle déclaration d’amour, un peu datée et très naïve (sommes-nous meilleures que ces messieurs, je me le demande), mais tellement requinquante…

 

Publié dans Scènes

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C. Sauvage 19/09/2008 17:36

Bravo pour ce billet très complet et très puissant. Plus encore comme homme que comme mari et éditeur de Moïra, je crois à l'importance de la pièce d'Eve Ensler, au mouvement qu'elle a su créer et qui s'étend dans le monde entier. Car les violences faites aux femmes est un crime contre toute l'humanité. Il faut en finir avec la violence domestique (il suffit d'avoir dans son entourage quelqu'un qui en est victime chez elle pour le comprendre), les violences de guerre, les viols, les mutilations génitales et toutes les autres horreurs qu'elles subissent ici et maintenant, au loin et tout le temps. Il faut arrêter tout cela dit Eve Ensler, celles qui participent au V-Day en jouant sa pièce aux profits des victimes. Non pas "un jour". Maintenant!

Chiffonnette 20/09/2008 21:56


Merci M. Sauvage! Je n'étais pas très satisfaite de mon travail, mais me voilà rassurée! Il m'a été difficile de parler de ce type de sujet et d'essayer de faire passer ce que j'ai ressenti à ces
lectures. Je suis en tout cas admirative devant ces femmes et ces hommes qui s'engangent dans cette lutte si nécessaire. Ils donnent envie d'agir. En tout cas, merci de m'avoir permis de découvrir
Les monologues et le V-Day.


Emmyne 17/09/2008 14:14

Oui, le sujet mérite la place que tu lui accordes avec brio. Merci pour ce billet très complet, je n'en savais pas autant sur Moïra Sauvage et le V-Day.

Chiffonnette 17/09/2008 19:34


Ca me semblait important! :-) Merci à toi!!


amanda 16/09/2008 10:01

Les monologues... est une pièce qu'i faut absolument aller voir. Il faut y emmener nos filles quand elles sont suffisamment mures, aussi :)

Chiffonnette 17/09/2008 19:32


Je suis d'accord. C'est quelque chose de presque vital à mon sens. Dans le sens où cette pièce passe en revue un panel impressionnant de rapports au corps et à la féminité.